samedi 27 juillet 2013

La conquête Arabe (7ème siècle) 


La conquête du Maghreb est conduite à partir de l'Egypte par petite vague à partir de 647. Mais des luttes de succession, obligent pour un temps les Arabes à mettre fin à leurs expéditions. Après l'assassina du 4ème Khalife Ali (656-661), Mouâwiya Ibn Soufiane affirme son autorité et s'empare du khalifat (661-680) et fait de Damas la capitale de la nouvelle dynastie des Banou Omayya (tribu Qoraychite). L'arrivée au pouvoir des omeyyades marque la reprise de la politique d'expansion. Les Arabes débordent alors de la péninsule arabique et se lancent, sabre à la main, à la conquête de "l'île du Maghreb" pour répandre le Coran et soumettre tous les peuples à la foie islamique. C'est au cours de cette seconde expédition que la Numidie orientale connut les premiers raids de l'armée arabe. Vers 666, les troupes de Mouâwiya, peu après leurs razzias à Djerba et Bizerte, déferlent sur Hippone. Protégée par de solides remparts et défendue par les forces byzantines, le siège de la citée fut de courte durée. Les Arabes ne la quittèrent qu'après l'avoir en parti incendié. Tandis que Berbères, Byzantins et Arabes s'entretuaient, Hippone eut à connaître un certain regain d'activité du fait du débarquement d'une imposante garnison venue de Constantinople, renforçant à nouveau leur autorité sur l'ensemble du pays. La fondation de Kairouan, en 670, par Okba Ibn Nafî, marque définitivement l'installation des Arabes en Ifriqiya (la Tunisie et le Constantinois). Les soldats de l'islam semblent invincibles. Mais les Byzantins puis les Berbères leurs opposèrent une vive résistance et leur infligèrent de sévères défaites. De 681 à 682, Okba Ibn Nafî, de retour en Ifriqiya, entreprend la conquête de toute l'Afrique du Nord. Il poursuit sa chevauché jusqu'au rivage de l'Atlantique, où faute de territoire à conquérir il lance son cheval dans les flots jusqu'au poitrail et termine son expédition en prononçant ses fameuses paroles "Dieu de Mohamed, si je n'étais arrêté par les flots de cette mer, j'irais jusque dans les contrées les plus lointaines porter la gloire de ton nom, combattre pour ta religion et anéantir ceux qui ne croient pas en toi". Après la conquête définitive de Carthage depuis 698, Hippone est d'abord réduite à servir de refuge aux Carthaginois puis sera finalement prise par les Arabes. L'antique citée, agonisante, sera par la suite en partie restaurée et adaptée à un nouveau mode vie oriental. L'ex-Hippone la Royale, est alors rebaptisée par les Arabes "Médinet Seybouse" puis officiellement "Bouna", plus facile à prononcer que Hippone. Vaincues, certaines tribus berbères se convertissent et contribuent à leur tour à l'expansion de l'islam. L'année 702 marque la victoire du croissant sur le Maghreb. Il ne fallut aux proprement dite. Du 9ème au 15ème siècle, le Maghreb connaîtra alors la succession des dynasties musulmanes.




La reconquête Byzantine (533) 


En 533, l'Empereur Byzantin Justinien 1er envoi de Constantinople une armée sous le commandement de Bélisaire pour délivrer l'Afrique du Nord de l'emprise des Vandales gouvernés par Gélimer, arrière petit neveu de Genséric. La compagne des Byzantins fut rapide. La bataille de Tricamara, à une quarantaine de kilomètre de Carthage, marquera définitivement la chute de la puissance Vandales. Gélimer et ses proches, fuient en direction de la montagne voisine d'Hippone, vraisemblablement l'Edough. Dans la vaine tentative de regagner l'Espagne, ils se fixèrent à proximité d'un petit port, probablement celui de Aïn Barbar. Poursuivis, ils se retranchèrent pendant quatre longs et pénibles mois sur le point le plus culminant de la montagne. Minés par les privations et ne pouvant plus supporter les conditions hostiles de la forêt, le dernier roi Vandales, abandonné par les montagnards qui l'avaient aidé dans sa fuite, préféra se rendre. Finalement, Il sera épargné par l'empereur Justinien et finira ses jours en Galatie (province romaine située dans une région du centre de l'Asie mineur). Les Byzantins, malgré leur tentative de renouer la tradition romaine et chrétienne et de rétablir l'Empire, ne redonne pas à Hippone sont éclat d'antan. La ville, restaurée, redevenu le siège d'un évêché, a pu conserver encore, pendant quelque temps, une apparence de prospérité, faire même de figure de place forte. Mais il était décidément trop tard pour ramener à sa destinée initiale une province aussi bouleversée et désorientée : le pouvoir central était trop éloigné.




L'invasion Vandale (431-533)

Chassés par les Huns (peuple nomade d'Asie centrale), les Vandales (peuples germaniques) envahissent dès 406 la Gaule, puis l'Espagane en 409. En 429, Genséric Ier, roi des Vandales et des Alains, réunit près de 80 000 hommes et franchit le détroit de Gibraltar pour conquérir l'Afrique du Nord. En mai 430, Genséric, à la tête de ses guerriers sanguinaires, aidé par les berbères donatistes vinrent mettre le siège devant Hippone, ville gouvernée alors par le proconsul Boniface. Saint Augustin, alors âgé de 76 ans, ne put résister plus longtemps aux fatigues du siège et à la douleur d’assister au triomphe de l'arianisme (doctrine fondée sur la négation de la divinité du Jésus) sur sa ville épiscopale ; il s’éteindra durant ce siège, le 28 août 430. Peu avant sa mort, le disciple (et future biographe) de Saint Augustin, Possidius, évêque de Calama (Guelma), se chargea de la conservation de sa bibliothèque et de ses manuscrit qui échapperont, ainsi à la destruction. La ville, fortifiée par ses remparts, résiste au blocus. Pendant ce temps, les Vandales pillent et persécutent les populations vivant dans les compagnes voisines. Les troupes de Boniface ne recevant aucun renfort de l'Empire se replient vers Carthage et abandonnent Hippone au bout de 18 mois de résistance. Le 23 août 431, Genséric est maître de toute l’Afrique du Nord (sauf Cirta et Carthage). Il fait d’Hippone sa capitale jusqu’à la prise de Carthage en 439. En 455, il jette son armée sur Rome, s’empare de la Corse, de la Sicile, de la Sardaigne puis annexe les deux Maurétanie. Maître de la Méditerranée, les Vandales continueront à régner pendant plus d’un siècle sur la Numidie et la Proconsulaire (l'est algérien et la Tunisie). Hippone dut connaître alors une période de relative tranquillité, quelquefois troublée par des révoltes berbères.




Hippone Chrétienne (240 à 640) - Saint Augustin (354-430).


C'est au début du 3ème siècle que le christianisme avait dû faire son apparition en Afrique du Nord. Mais les premiers africains qui osèrent embrasser cette nouvelle religion furent dès 240 cruellement persécutés par les Romains et livrés aux fauves. Afin d'éradiquer les cultes païens et l'hérésie qui menacent l'unité de l'Empire romain, l'empereur Théodose déclare le christianisme religion d’Etat en 380. Au début du 5ème siècle, Hippone devient le centre du rayonnement de la pensé chrétienne sous l'impulsion du grand évêque Saint Augustin. D'origine berbère et probablement punique, Aurelius Augustinus est né à Thagaste (Souk Ahras) en 354 d'un père païen, Patricius, et d'une mère chrétienne, la future Sainte Monique. Après de brillantes études entamées à Thagaste puis à Madaure (l'actuelle M'daourouche), le jeune Augustin, âgé de 17 ans, se rend à Carthage pour étudier la rhétorique. Pendant cette période, il mène, au désespoir de sa mère, une vie sensuelle et turbulente. Il se lia à une carthaginoise qui lui donna en 372 un enfant qu'ils nommèrent Adéodat. Il découvre la philosophie dans l'Hortensius de Cicéron, une oeuvre qui suscite en lui un violent désir de sagesse. Dès lors il est déstabilisé, divisée entre son amour pour sa compagne, sa passion pour la littérature et le théâtre et ses inquiétudes métaphysiques. En quête de vérité, le fils de Monique fit un essai de lecture de la Bible, mais fut rebuté par le mauvais latin de vieilles traductions. Il rencontre ensuite les manichéens et adhère à leur doctrine, et ce pendant 9 ans. Le manichéisme prêché par l'Iranien Mani perçoit le monde comme le lieu d'un affrontement entre le dieu du bien, créateur de toutes les réalités spirituelles et le dieu du mal le créateur de la réalité matériel. A l'issue de ses études, Augustin rentre à Thagaste en 374, où il entame le métier de professeur de rhétorique. Il poursuivra ensuite sa carrière d'enseignant à Carthage en 376, à Rome en 383 et enfin à Milan en 384 où Monique le rejoint. Il est alors influencé par les prêches d'Ambroise, l'évêque de Milan, qui lui fait découvrir le sens spirituel de l'Ancien Testament. Il s'éloigne alors peu à peu du manichéisme. La délivrance lui vint à la lecture de quelques livres de philosophes platoniciens qui vont changer radicalement sa vision du monde et lui révéler les joies de la contemplation. C'est dans le jardin de sa résidence à Milan en 386 que lui vient la révélation. Il entend une voix qu'il interprète comme celle de dieu. Gagné par la grâce, il reçoit, en 387, le baptême des mains de Saint Ambroise en même temps qu'Adéodat. Après sa conversion, Augustin abandonne alors l'enseignement et décide de rentrer en Afrique avec sa famille pour se consacrer à dieu. Mais, durant le trajet Monique tomba malade et mourut à Ostie. Augustin et sont fils regagnent finalement Thagaste en 388 après un séjour d'un an à Rome où il y écrivit son traité sur les moeurs catholiques et les moeurs des manichéens. Dès lors, Augustin s'employa activement pour la cause de l'unité de l'Eglise qui était affligée par les multiples déviances religieuses de son époque. Sa réputation de sainteté et de science s'étendit bientôt dans toutes les églises de la province. En 391, la providence le conduit à Hippone où il fonde, peu après la mort prématurée de son fils, un monastère. Les fidèles de cette ville le désignèrent à Valérius, leur évêque, comme l'homme le plus capable de combattre les donatistes. En 395, il est désigné Evêque-adjoint de Valerius auquel il succède en 396. Mais Hippone était déjà acquise au parti de Donat, une église purement africaine violement anti-catholique. La grande persécution de Dioclétien commencée en 303 avait conduit des chrétiens à renier leur foi et ils auraient livré les livres saints selon les ordres de l'empereur. Les donatistes, se proclamant les descendants des martyrs, refusaient de les réintégrer, procédaient à des "seconds baptêmes", excluaient toute sainteté et contestaient tout sacrement administré par les évêques catholiques. Ils semèrent la terreur dans le pays, n'hésitant pas à massacrer, incendier et piller. C'est dans ce climat de violence qu'Augustin, lui-même menacé de mort, consentit à faire appel à l'autorité impériale. La crise allait connaître son épilogue à la conférence de Carthage, en 411, où le donatisme était déclaré hors la loi. Hippone relativement apaisée, Augustin peu à nouveau s'abandonner à la méditation et à la composition. Il produisit une ouvre monumentale, à la fois philosophique et théologique, dont les plus célèbres, les Confessions, La Trinité, La Cité de Dieu. Pendant 35 ans, l'enfant de Thagaste, fit de son diocèse un véritable foyer de vie intellectuelle. Durant sa longue carrière, Augustin poursuit une incessante activité catéchétique, politique et littéraire, entrecoupée de nombreux voyages qui le conduisent à travers une grande partie de l'Europe et de l'Afrique du Nord. Pour la science théologique, Augustin joua un rôle capital dans la consolidation du christianisme et c'est à Hippone que l'Eglise moderne trouvera ses assises définitives. "Aime et fais ce que tu veux ; si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu parles, parle par amour ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour ; aie en toi la racine de l’amour : de cette racine il ne peut rien sortir que de bon" (Saint Augustin). 




Hippone Romaine (-46)

Les possessions africaines de Carthage deviennent la province romaine d'Afrique. Désormais et pour longtemps, rien ne résiste plus à Rome. L'année même où Carthage est rasée, les Romains s'emparent de Corinthe (citée opulente à l'ouest d'Athènes) et transforment la Grèce prestigieuse en province romaine ordinaire. Simple cité italienne Rome est devenue à la faveur des guerres puniques un empire à vocation universelle. La mort de Micipa (fils de Massinissa), en -118, provoque la sauvage rivalité de ses deux fils et de son neveu Jugurtha. Celui-ci, devenu roi Numide, tenta d'étendre son pouvoir sur toute la Numidie. Rome s'en inquiéta et engagea contre lui une guerre impitoyable dont le triomphe, en -104, allait amener la mise en semi-vassalité de la Numidie ; les souverains Numides ne sont plus que de dociles instruments, mêlé aux querelles des partis et à la terrible guerre civile qui va opposer les Généraux rivaux Romains, César et Pompée, et faire du dernier roi de la Numidie orientale, Juba 1er, l'allié des Pompéiens en Afrique. La victoire de César à Thapsus (près de Mahdia en Tunisie), en -46, consomme la défaite définitive des Pompéiens et la ruine de l'indépendance de leur allié Numides. Juba 1er, se voyant sur le point de tomber au pouvoir des troupes césarienne, ce donnât la mort. César triomphant contrôlait toute la Numidie, et le royaume de Juba est annexé pour devenir une province nouvelle, " l'Africa Nova ". Hippone devient un des plus grands centres de la nouvelle province romaine en Afrique et aura comme premier gouverneur latin, l'historien Salluste. Dès lors, vont s'ouvrir pour la ville des siècles de calme et de prospérité. Hippone sera une plaque tournante commerciale, mais également un des plus importants ports d'exportation de blé pour l'approvisionnement de Rome. La paix romaine, la " Pax Romana ", va lui permettre un rapide et prodigieux essor, sans toutefois effacer complètement l'empreinte laissée par Carthage, puisque le punique, qui était restée langue officielle dans toute la Numide, sera encore en usage jusqu'à la fin du 4ème siècle.







Hippo Regius - Hippone la Royale (-146 à -46)

Port principale de la Numidie orientale, Hippone avait déjà dû être choisie, sans doute après la fin de la seconde guerre punique, en -201, comme résidence favorite par les rois Numides, dont elle tendait dès lors à devenir la seconde capitale après Cirta (Constantine) du royaume Massyle, dont le roi, Gala, était le père de Massinissa. Ce rang lui vaudra plus tard cette prestigieuse épithète de " Royale ". Il est donc probable qu'elle se serait transformée rapidement après la chute de Carthage en une ville de plaisance infiniment luxueuse. Cette indépendance, à laquelle elle a gagné le nouveau nom de " ville royale " qu'elle conservera par la suite, va durer tout juste un siècle.







Royaume Numide - Guerres puniques (-3ème siècle)

Le rayonnement et la prospérité de Carthage, ne manque pas de provoquer des rivalités avec ses voisins, notamment les Helléno-Siciliens. La domination punique n'empêchait pas les indigènes de s'organiser suivant leurs tendances. Trois groupes principaux prédominaient dans le Maghreb : au centre et à l’est, les Numides ; à l’ouest, les Maures ; au sud, les Gétules. Dès la fin du -3ème siècle, les premiers royaumes indigènes d'Afrique du Nord firent leurs apparitions dans les récits antiques, lors de l'éclatement des trois guerres puniques (-264 à -146) qui opposèrent pendant plus d'un siècle les Carthaginois et les Romains. Les royaumes Libyco-Berbères englobèrent en dehors du territoire carthaginois des tribus unies en confédérations sous l’autorité d’un souverain commun : « l’Aguellid ». La Numidie était divisée en deux royaumes : celui des Massyles à l'est et celui des Masaesyles à l'ouest. Les guerres puniques, durant lequel émergera l'épopée du génaralissime Carthaginois Hannibal Barca, embrasèrent tout le monde antique. Hippone et sa région, subissaient successivement, et non sans dommages, la domination des Massyles, gouvernés par Massinissa allié aux Romains, et des Masaesyles gouvernés par Syphax combattant aux côtés des Carthaginois. Hippone vécut des temps fort troublés jusqu'au jour où la chute de Carthage, en -146, lui rendit son indépendance. La victoire de Rome sur Carthage rendit donc son trône à Massinissa. Ainsi l'orgueilleuse citée de la princesse Elissa, fondée plus de 6 siècles auparavant, est définitivement rayée de la carte par l'imperialisme romain.